LE SILENCE ( Il silenzio)

22 Marzo 2019 0 Di Feliciano Banotti

Le Silence

Je vais vous parler du silence, en particulier celui par lequel tout M\ doit passer, celui de l’App\.

Reconnaissez avec moi, qu’il faut bien de l’inconscience pour venir là devant vous parler de ce qui est justement absence de parole. Peut-être par ce que ce n’est pas un paradoxe.

Le silence est quelque chose que l‘on ne voie pas, qui n’est pas tangible, que l’on ne peut ni prendre ni sentir. En revanche, nous pouvons le ressentir, l’apprécier, l’écouter. Il est difficile de parler du silence, car lorsque l’on parle de lui, on le brise. Il se peut que si l’on se donne la peine de l’écouter, il parlerait de lui-même ?

Mais qu’est ce que le silence, est il sacré et pourquoi est il l’attribut de l’App\ ?

1. Etude du silence

Le Silence, étymologiquement, vient du latin « silentium », signifiant absence de bruit et de « silere » signifiant se taire. Mais qui dit absence dit également présence.

Le silence est il réellement une absence de bruit ou de son. Selon l’étude du bruit le silence absolu ne peut exister, un rapport signal sur bruit défini un son, un décibel est sa mesure, mais un bruit de 50 décibels par exemple est silence. Une vibration émise par un corps en mouvement n’est il pas un son. L’oreille humaine ne perçoit qu’un certain type de vibrations. Les animaux en perçoivent bien d’autres. Nous pouvons en déduire que le silence est relatif à tout être vivant.

Selon les dictionnaires et le sens commun, le silence se définit de façon plutôt négative puisque c’est une absence, de parole, de tous bruit, de toutes agitations, c’est la non-présence, l’état de quelqu’un qui ne parle pas, qui n’écrit pas, n’exprime aucune opinion. Dans notre société de communication, il est clair que l’on fuit le silence.

Donc fuyons la réalité du monde profane et rentrons dans le monde sacré. Mais avant ce voyage analysons le sens du silence du monde profane :
Des silences ont un symbolisme très fort.
– La minute de silence pour nous souvenir des êtres chers trop tôt disparus et à jamais dans le silence.
– Le silence peut être hypocrite ou complice : celui qui veut que devant certaine injustice ou parole diffamatoire on garde le silence.
– Le silence du respect est présent dans les cinémas, les théâtres, les salles de concert où on écoute la musique en silence.
– Le silence du mépris présent dans les milieux mafieux ou terroristes, où règne la loi du silence, « l’omerta ».

Il ne faut ainsi pas confondre le silence du sage et celui de l’ignorant ; pourtant ils ont tous deux quelque chose à dire !!

2. Le silence intérieur du monde sacré.

« Être silencieux » n’équivaut pas à « être muet ». Être muet est une pathologie psychologique. Être silencieux est souvent signe de piété religieuse. Zacharie dans le Nouveau Testament est simplement muet. Mais l’Abraham de l’Ancien Testament n’est pas muet, il est silencieux.
L’histoire des religions reconnaît diverses formes de silence religieux, dont celles-ci :

– Le silence cultuel, le silence ascétique, la théologie du silence total, le silence philosophique.

– Le silence occupe une place privilégiée dans tous les grands courants spirituels. Tous le prônent comme facteur concomitant de l‘élévation de l’âme vers un plan spirituel supérieur.

– Universellement répandue est la pratique de la prière, situation de solitude silencieuse censée rapprocher du Divin, tout comme les pratiques du monachisme. Ma visite chez les carmélites d’Autun me fait dire que des communautés ont fait vœu de silence, d’autre part le Grand Silence, qui durait des Complies à Tierces, favorisait l’union avec Dieu. « Reste dans ta cellule et ta cellule t’apprendra tout » disait St Benoît.

– C’est le silence de la première leçon de Bouddha : « Fait silence en toi et écoute ».Surenchérissant encore sur cette notion de Silence, certaines disciplines orientales n’y voient plus un moyen de transcendance mais le but ultime de leur travail sur soi.

– Le silence des disciples initiés de Pythagore ; ils partageaient ses paroles par le biais de la simple audition pendant ces 5 longues années de mise à l’épreuve de leurs personnalités propres.

Dire que le silence est la manifestation du divin revient à parler de la lumière qui éclaire chacun de nous. Cette lumière qui se trouve au plus profond de nous se manifestera plus facilement dans le silence, dans la méditation.

3. Le silence de l’App\

Cette association silence et lumière me rappelle mon passage dans le cabinet de réflexion. Alors que le silence régnait je me suis mis à réfléchir sur moi-même et sur les symboles présents, Un voyage silencieux m’était proposé, Je me suis mis à parler au crâne car le silence me troublait. C’était le silence de ma mort aux préjugés du vulgaire.

On pourrait dire que c’est une ascèse, une préparation à pouvoir s’exprimer plus tard. La maçonnerie n’en a d’ailleurs pas l’exclusive. De nombreux rituels ont ce même passage obligé, le chamanisme par exemple. Mais la F\ M\ pose le silence comme un fondement de sa pratique rituelle.

Le silence se définit comme le moyen pour parvenir à la connaissance. C’est en voyageant au cœur de nous même que nous trouverons la lumière. Mais ce voyage introspectif ne pourrait se faire qu’en silence philosophique. Le silence n’est donc pas un objectif mais un moyen, un outil; pour mieux se trouver, se retrouver (ma verticalité) ; pour avoir conscience de sa place dans l’univers et du fait que l’on fait partie d’un tout.

Il n’est pas aisé de définir le silence d’un F\, en tenue, aux agapes, à l’appel du V\ M\ de la Loge, il est relatif à chaque frère.

Pourquoi est-il l’attribut de l’App\ ?

L’Apprenti subit une période d’apprentissage au cours de laquelle il va apprendre, méditer sur les paroles de ses FF\ Etre App\, c’est accepter d’être silencieux d’être à l’écoute de l’autre, de se placer dans une position d’humilité.

Entre chaque lettre prononcée du mot sacré, il y a le silence qui nous révèle que l’App\ ne peut parler; pourquoi ? L’App\ se trouve sur la colonne du septentrion pour apprendre à parler. Pourtant, l’App\ sait épeler lorsqu’il est guidé par un maître. L’App\ ne sait donc pas encore bien penser au sein d’une Loge.

Pendant toute la durée de ma vie d’apprenti, je vais méditer dans le silence sur les paroles de mes FF\, même si je suis en désaccord avec eux le fait de rester silencieux m’oblige à travailler sur moi-même, à refouler mes impulsions et à réfléchir sur ce qui a été dit.

Mon silence sera constructif. Mais quel paradoxe : le Maçon doit d’abord se taire pour ensuite parler, et lorsqu’il a parlé, il doit se taire à nouveau pour se connaître mieux. « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux… » dit l’oracle de Delphes.

Nous voilà donc muets, mais pas sourds. Sommes nous pour autant silencieux. Bien au contraire. Mon cœur bat et émet son bourdonnement. Délivré du poids de la parole donc de la réciprocité, voilà qu’un homme, un inconnu s’agite dans ma tête. Nous pouvons encore par des mimiques indiquer notre réflexion. Le silence, c’est les autres, ou tout du moins la conscience aiguë que j’en acquiers. Je suis à l’écoute de l’autre et de mon moi.

Conclusion : Des Vertus du Silence

La loi du silence, serment de notre initiation répété à la fin de chaque tenue et le silence harmonieux des frères quand l’un à la parole montrent que le silence n’est pas que l’attribut de l’App\ C’est le silence égalitaire.

Tenu au silence lors de mon apprentissage, par l’obligation qui m’est faite d’écouter sans intervenir autrement qu’au moyen de l’écriture, j’apprends à différer l’expression de mes opinions.

Néophyte je suis mis sur la voie de la vérité, mais je dois travailler sur moi-même, c’est-à-dire tailler ma pierre, mon silence y aidera.

Se taire pour penser est ma devise d’apprenti, un grand effort d’écoute fera me conduire vers la lumière.

Ce silence maçonnique doit rester dans nos cœurs et nos esprits quand les travaux sont clos et que nous couvrons le temple.

J’ai dit V\ M\